Participer à la rénovation du musée des antiquités égyptiennes de Turin et à la nouvelle présentation des œuvres m’a fourni le privilège, de 2014 à 2017, de côtoyer quotidiennement la riche collection statuaire qui y est conservée. L’importance et la qualité des pièces, de même que la documentation complète qui souvent les accompagne, font de cet ensemble un des répertoires majeurs pour l’étude de la sculpture égyptienne – particulièrement en ce qui concerne le Nouvel Empire – et plusieurs générations de chercheurs pourront se succéder avant d’épuiser les informations qu’elle recèle. Ces quelques pages me donnent l’occasion de partager une série d’observations sur une sélection de statues royales du Nouvel Empire provenant de Thèbes, pièces qui ont particulièrement attiré mon attention en raison des traces de manipulation et de modification qu’elles portent1 . L’intention de cet article est avant tout d’attirer l’attention des égyptologues sur trois pièces méconnues de la collection turinoise, ce qui est un des buts de ce nouveau périodique scientifique, mais aussi de formuler certaines demandes et de proposer des 2réponses, qui à leur tour soulèveront d’autres questions sur le rôle et la « vie » des statues au cours de l’antiquité pharaonique. J’espère amener d’autres chercheurs à apporter leurs suggestions sur l’identification des souverains originellement représentés, ainsi que sur la pratique dite de l’« usurpation » ou du réemploi.

Ces trois pièces seront présentées dans l’ordre chronologique de leur production. Le lecteur s’intéressera tout d’abord à un colosse en position de prière portant le cartouche de Ramsès II, mais que l’on proposera d’attribuer à Amenhotep II (Cat. 1381), puis se penchera sur le pied d’une statue porte-enseigne au nom de Mérenptah, probablement réutilisation d’une statue de Thoutmosis IV (Cat. 1382) ; enfin, nous finirons par une brève note sur un nez massif en granit, fragment d’un colosse que son style permet d’attribuer à Amenhotep III (Cat. 3148).

Le torse de Ramsès

Cat. 1381, statue d’un roi en position d’adoration au nom de Ramsès II, originellement effigie d’Amenhotep II (?) H. 220 cm ; l. 71 cm ; P. 67 cm. Granit Collection Donati (1759)

Bibliographie PM VIII, n° 800-650-650.Orcurti, Catalogo illustrato, p. 60, n. 5.Vidua, dans : Documenti inediti, III, p. 291, n. 28.Fabretti et al., Regio Museo di Torino, I, p. 107, n. 1381.Barocelli, Atti Acc. Scienze 47, 1912, p. 411-425.Vandier, Manuel d’archéologie égyptienne III, p. 217, n.1 ; p. 221 (comme probablement usurpé de la XIIIe dynastie).Scamuzzi, Egyptian Art, 1965, pl. 62-64.Curto, L’antico Egitto nel Museo Egizio di Torino, p. 105-106 (comme usurpé des XIIIe-XIVe dynasties).Donadoni (éd.), Dal museo al museo, p. 29- 30.Sourouzian, Mérenptah, p. 206, 234, pl. 12d-e.Riflessi di pietra, 2006, p. 80-81, 132.Connor, Le statue del Museo Egizio, p. 16-17, fig. 3 ; p. 122-124, fig. 128.Hofmann, dans : Peterson L. et al., Ramses, p. 78-79.

Cette statue inscrite au nom de Ramsès II (Fig. 1) montre le souverain debout, les bras tendus devant lui, vêtu d’un pagne empesé sur la partie frontale afin de former un tablier triangulaire. La position du roi, attestée en statuaire à partir de Sésostris III, pétrifie l’action de vénération2 . Derrière la jambe gauche du roi est sculptée en bas-relief une figure de reine anonyme, coiffée de la couronne hathorique et levant une main dans un geste d’affectueuse protection vers le mollet de son époux.

Turin, Cat. 1381. Granit. H. 220 ; l. 71 ; P. 67 cm. Karnak. Collection Drovetti (1824). Photographies : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio

Turin, Cat. 1381. Granit. H. 220 ; l. 71 ; P. 67 cm. Karnak. Collection Drovetti (1824). Photographies : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio.

Plusieurs inscriptions sont gravées sur la statue.

Sur le pilier dorsal :

n(y)-sw.t bity nb tA.wy (Wsr-mAa.t-ra stp-n-ra) sA-Ra msw nTr.w nb xa.w (Ra-ms[…)]

« Le roi de Haute et Basse-Égypte, seigneur des Deux Terres, Ousermaâtrê-Setepenrê, le fils de Rê, qui enfante les dieux, maître des apparitions, Rams[ès …] »

Sur le côté gauche du pilier dorsal :

Hm.t n(y)-sw.t wr.t […]

« La grande épouse royale […] »

Sur le boucle de ceinture :

(Ra-ms-sw [Mry]-Imn)

« Ramsès Méryamon »

Sur le devanteau du pagne :

n(y)-sw.t bity nb tA.wy (Wsr-mAa.t-ra stp-n-ra) sA-Ra nb xa.w (Ra-ms-sw Mry-Imn)

« Le roi de Haute et Basse-Égypte, seigneur des Deux Terres, Ousermaâtrê-Setepenrê, le fils de Rê, maître des apparitions, Ramsès Méryamon »

À droite, entre les jambes :

n(y)-sw.t bity […]

« Le roi de Haute et Basse-Égypte… »

Différents éléments permettent de déceler des traces de transformation de cette statue. Tout d’abord, le cartouche du souverain sur la boucle de ceinture a manifestement été gravé sur une zone préalablement grattée, qui est restée plus rugueuse que la surface qui l’entoure. Par ailleurs, la sculpture des yeux a été clairement été laissée à un état inachevé, conférant à leur surface un aspect « sfumato », peut-être trace d’une modification hâtive de sa surface (Fig. 2).

Turin, Cat. 1381 (détail du buste). Photographie : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio

Turin, Cat. 1381 (détail du buste). Photographie : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio.

Ce même traitement de la surface des yeux est visible sur d’autres statues « usurpées », « réemployées » ou « réutilisées » – selon le terme auquel on préfère avoir recours – par Ramsès II : par exemple le colosse 3de Philadelphie E-635 (usurpé d’un souverain de la fin de la XIIe dynastie, d’après les proportions du corps et la provenance de la statue 3), la tête du musée de Turin trouvée lors des fouilles d’Héliopolis (Turin S. 2700 4, Fig. 3) ou le buste en granit du musée du Caire CG 381045 (Fig. 4).

Turin, S. 2700. Quartzite. H. 25,5 ; l. 11,5 ; P. 24 cm. Héliopolis. Fouilles d’E. Schiaparelli (1903-1906). Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio

Turin, S. 2700. Quartzite. H. 25,5 ; l. 11,5 ; P. 24 cm. Héliopolis. Fouilles d’E. Schiaparelli (1903-1906). Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

Fig. 4

Le Caire, JE 27856 – CG 38104. Granit. H. 84,4 ; l. 60 cm. Mit Rahina, temple de Ptah. Fouilles d’A.Mariette (1892). Photographie : Simon Connor.

À la hauteur des tempes, devant l’oreille, un éclairage rasant permet de révéler les languettes sous le bandeau de la coiffe, seulement partiellement effacées. Les plis partant des narines et des commissures des lèvres, particulièrement prononcés, presque caricaturaux, sont également caractéristiques des statues usurpées par Ramsès II, afin de diminuer la largeur de la bouche et de lui conférer le petit sourire figé du souverain de la XIXe dynastie.

Enfin, le large S dessiné par la queue de l’uraeus, au-dessus du capuchon du cobra, de même que le triangle presque équilatéral du tablier ne correspondent pas aux conventions stylistiques de l’époque ramesside, ainsi que nous le verrons plus loin, mais rapprochent la statue soit de la fin du Moyen Empire, soit de la première moitié du Nouvel Empire (Fig. 5-6).

Turin, Cat. 1381 (détail de l’uræus). Photographie : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio

Turin, Cat. 1381 (détail de l’uræus). Photographie : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio.

Turin, Cat. 1381 (détail du pagne). Photographie : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio

Turin, Cat. 1381 (détail du pagne). Photographie : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio.

Cette statue a fait l’objet de plusieurs mentions, surtout dans des catalogues ou guides du musée de Turin, dont seule une partie est reprise dans la bibliographie ci-dessus. C’est Jacques Vandier qui, le premier, propose d’y voir une statue usurpée de la XIIIe dynastie, en la rapprochant des « sphinx du Delta » Louvre A 21, Le Caire JE 37478 et Boston MFA 88.747, « modelés avec vigueur et témoignant d’une certaine 4élégance dans les proportions. » Silvio Curto a suivi cette proposition, en décrivant la statue comme « strutturata come le statue del Medio Regno, però con scansione dei volumi meno netta ; di qui la datazione presumibile a quelle dinastie XIII e XIV. » Dans le récent catalogue de l’exposition « Ramses » à Karlsruhe, Eva Hofmann, sans rejeter cette hypothèse, suggère plutôt d’y voir une statue du début du règne de Ramsès II, « usurpée » par lui-même, c’est-à-dire transformée et réactivée à un moment plus tardif du règne, peut-être à l’occasion d’un heb-sed, ce qui expliquerait les retouches visibles sur la statue. Cette proposition est pourtant peu convaincante ; elle reprend l’argumentation de Christophe Barbotin au sujet la statue du Louvre A 20, qui porte la titulature de Ramsès II, montre également plusieurs traces de modification sur sa surface et aurait, selon lui, été modifiée au cours du règne même du souverain6 ; la modification profonde du corps et des traits du visage rend toutefois improbable cette interprétation.

Si, dans certains cas, Ramsès II ou Mérenptah se sont contentés de faire ajouter leur nom sur des statues sans en modifier les traits 7, ces exemples restent marginaux au sein du répertoire conservé et la majeure partie des statues usurpées attestent, au contraire, une modification souvent profonde de l’apparence d’une statue, afin d’en « ramessiser » la physionomie. Bien que les raisons de la coexistence de différents degrés d’usurpation (soit changement à la fois de l’inscription et de la physionomie, soit seulement de l’inscription, soit encore ajout d’une titulature sans effacer l’inscription originelle) ne soient guère aisée à expliquer, il est indéniable que les souverains ramessides ont largement eu recours au réemploi de statues, généralement de dimensions colossales, de leurs prédécesseurs du Moyen Empire et de la XVIIIe dynastie en les transformant pour les actualiser8 . C’est vraisemblablement le cas de la statue de Turin : l’identification du souverain originellement 5représenté par la statue turinoise est possible grâce à la confrontation stylistique avec le répertoire statuaire des prédécesseurs de Ramsès II. La forme statuaire, le dessin de l’uræus et le type de pagne pourraient désigner à la fois la fin du Moyen Empire et la XVIIIe dynastie9 . Les proportions générales du 6corps excluent la fin du Moyen Empire : le torse est trop massif et trapu et surtout la tête trop volumineuse pour avoir pu appartenir à une statue de la XIIe ou de la XIIIe dynastie. En revanche, plusieurs statues en granit de la première moitié de la XVIIIe dynastie présentent une forme, des proportions et des dimensions très proches de celles de la statue turinoise, ce qui permet de pencher en faveur de cette période pour la datation de la statue turinoise avant sa « ramessisation ». Les statues de Thoutmosis III et d’Amenhotep II, en particulier, caractérisées par des épaules puissantes, des bras massifs, une tête volumineuse, un torse et une taille épais et une musculature développée, présentent de frappantes similarités avec la statue du Museo Egizio (Fig. 7).

Statues de Thoutmosis III et Amenhotep II debout, en position de prière. Granit. Karnak.

Statues de Thoutmosis III et Amenhotep II debout, en position de prière. Granit. Karnak.

a : Thoutmosis III. Karnak, MPA. T3. st. 1. H. 117 cm. Photographie : Simon Connor.

b : Thoutmosis III. Le Caire, CG 594. H. 177 cm. Photographie : Simon Connor.

c : Thoutmosis III/Amenhotep II. Londres, BM EA 61. H. 263 cm. Photographie © Trustees of the British Museum.

d : Amenhotep II (?). Turin, Cat. 1381. H. 220 cm. Photographie : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

e : Amenhotep II. Karnak, VIIe pylône. H. 311 cm. Photographie : Simon Connor.

f : Amenhotep II. Le Caire, TR 3.6.24.2. H. 188 cm. Photographie : Simon Connor.

Thoutmosis III et Amenhotep II sont justement attestés dans le temple d’Amon à Karnak par plusieurs exemplaires de statues debout en position de prière, également en granit et d’un format proche (cinq à six coudées de haut, cf. tableau ci-dessous). Il est tentant de rapprocher de ces colosses celui de Turin. Comme l’observent Claude Vandersleyen et Hourig Sourouzian10 , celui du British Museum EA 61 a visiblement été également réemployé par Ramsès II, probablement d’une statue d’Amenhotep II (mais, dans ce cas, sans en modifier la physionomie) ; cette statue semble avoir fait partie de la même série.

Souverain Statue Provenance Matériau Hauteur originelle estimée
Hatshepsout Le Caire JE 52458 Deir el-Bahari Granit 250 cm
Hatshepsout New York MMA 28.3.18 Deir el-Bahari Granit 242 cm
Thoutmosis III Le Caire CG 594 Karnak, Akhmenou Granit 270-280 cm
Thoutmosis III Karnak MPA. T3 st. 1 Karnak, Akhmenou Granit 270-280 cm
Thoutmosis III Le Caire CG 633 Karnak (Akhmenou ?) Granit 230 cm
Thoutmosis III/ Amenhotep II Londres BM EA 61 Karnak (sans précision) Granit 320-340 cm
? Turin Cat. 1381 Karnak (sans précision) Granit 250-270 cm
Amenhotep II Le Caire CG 42074 Karnak, face nord du VIIe pylône Granit 180 cm
Amenhotep II Le Caire TR 3/6/24/2 Karnak, cachette (?) Granit 220 cm
Amenhotep II Karnak, face nord du VIIe pylône Karnak, face nord du VIIe pylône Granit 311 cm

La statue de Turin a été recueillie à Thèbes par Vitaliano Donati en 1759. Son contexte précis est inconnu, mais ce type de statue était placé par paires de part et d’autre de passages scandant les processions : à Karnak, on retrouve Amenhotep II contre la face nord du VIIe pylône, Thoutmosis III dans l’Akhmenou ; les deux colosses d’Hatshepsout devaient flanquer un passage de son temple à Deir el-Bahari11 , imitant peut-être les six statues de Sésostris III, installées quelques siècles plus tôt dans le temple voisin (mais retrouvées hors contexte, projetées depuis la terrasse dans la dépression qui sépare le temple de la falaise)12 . Si aucune des statues en position de prière provenant de Karnak ne correspond exactement aux dimensions de la statue turinoise, son « jumeau » est peut-être à identifier au musée de Munich (Fig. 8).

En effet, la tête en granit portant le numéro d’inventaire ÄS 590013 montre à la fois des mesures très similaires et une physionomie singulièrement proche. Le visage rond aux joues pleines a été clairement retouché aux mêmes endroits : les plis trop accentués partant des ailes du nez et des commissures du nez donnent naissance au même petit sourire aux lèvres retroussées.

Turin, Cat. 1381 (détails de la tête). Photographies : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio. Munich ÄS 5900. Granit. H. 53 cm. Prov. inconnue. Photographies : Simon Connor.

Turin, Cat. 1381 (détails de la tête). Photographies : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio.

Munich ÄS 5900. Granit. H. 53 cm. Prov. inconnue. Photographies : Simon Connor.

Dans le cas de la tête de Munich, la modification de la sculpture a été poussée à un degré plus avancé. En effet, la queue de l’uræus montre le double anneau de part et d’autre de son cou gonflé, suivant la « mode » ramesside ; le peu d’épaisseur suggère que ce relief ait été créé par simple abaissement de la surface originelle au-dessus du front. Sur la statue de Turin, en revanche, la queue de l’uræus forme encore la courbe en S sur le sommet du crâne, témoin de la première phase d’utilisation de la statue 7à la XVIIIe dynastie. La statue turinoise montre des yeux encore seulement ébauchés, comme si le travail de retaille avait été rapidement achevé : leur surface a clairement été retouchée afin d’abaisser le regard, mais a été laissée rugueuse, tandis que sur la tête de Munich, une nette incision délimite le contour des yeux et des bandes de fard. De telles différences dans le degré de modification entre deux pièces appartenant probablement à un même groupe n’ont rien d’exceptionnel : on retrouve la même situation dans le cas de la paire de sphinx de la XIIIe dynastie réactualisée par Ramsès II et Mérenptah et retrouvée à Tanis (Le Caire CG 1197 et Paris A 21) 14.

Turin Cat. 1381 Munich ÄS 5900
Hauteur du visage (du menton au bandeau frontal) 22 cm 23 cm
Largeur du visage (sans les oreilles) 25 cm 25 cm
Largeur de la bouche 7 cm 6 cm
Hauteur de uræus 11 cm 12 cm
Hauteur de aile du némès 28 cm 30 cm

Les deux statues sont probablement à rapprocher d’Amenhotep II, plutôt que de Thoutmosis III, en raison de la largeur du visage et, pour le colosse turinois, à cause de sa musculature ferme et de ses épaules particulièrement développées15 (Fig. 9).

La statue de Turin (peut-être avec un jumeau auquel pourrait appartenir8 la tête de Munich) semble donc pouvoir être associée à la série de statues colossales en granit en position de prière érigées à Karnak par Thoutmosis III et Amenhotep II, ensemble qui devait scander le passage des processions et pétrifier l’action de dévotion du souverain.

Turin, Cat. 1381. Photographies : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio. Karnak, cour du Ve pylône, KIU 4796. Granit. H. 248 cm. Photographies : Simon Connor.

Turin, Cat. 1381. Photographies : Nicola Dell’Aquila et Federico Taverni/Museo Egizio.

Karnak, cour du Ve pylône, KIU 4796. Granit. H. 248 cm. Photographies : Simon Connor.

Cette série de statues, homogène dans sa conception formelle, soulève certaines questions au sujet de la pratique de l’usurpation. Il reste en effet à comprendre pourquoi, au sein d’un ensemble cohérent, certaines pièces sont restées intactes et ont conservé leur inscription originelle (les statues retrouvées contre la face sud du VIIe pylône et dans l’Akhmenou), tandis que d’autres (les statues du British Museum, de Turin et peut-être celle de Munich, si elle vient effectivement de Karnak) ont été usurpées par Ramsès II, elles-mêmes d’ailleurs selon différents degrés : la statue londonienne n’a subi de modification que dans son inscription, alors que le visage de celles de Turin et de Munich a été transformé pour adopter la physionomie ramesside, opération restée inachevée dans le cas du colosse turinois. Les réutilisations d’anciennes statues par Ramsès II 9ne semblent donc pas avoir été l’objet de campagne systématiques. Peut-être dépendaient-elles de leur position au sein du temple, soit à des endroits clefs d’une voie processionnelle, soit dans une zone du temple qui a subi elle-même des transformations ; peut-être également souhaitait-il être représenté 10parmi ses prédécesseurs, souverains légitimes dont il adore le nom à Abydos, tout en se réincarnant dans leurs corps de pierre, mais sans pour autant tous les remplacer.

Les deux Thoutmosis III/Amenhotep II réemployés du British Museum et du Museo Egizio sont dépourvus de contexte archéologique, ce qui nous empêche de les mettre en relation avec des zones de Karnak en particulier.

Le dossier de la réutilisation et de la transformation des statues à l’époque ramesside mérite d’être rouvert et approfondi : quels sont les critères qui ont poussé au choix de certaines statues en particulier et qui en ont fait rejeter d’autres ? L’identité du souverain originellement représenté ? La forme de la statue, plus ou moins aisée à transformer et pouvant servir à une nouvelle fonction ? Sa position au sein d’un temple ? Son accessibilité ? Peut-être un peu tout cela et également une part de hasard, au gré des constructions de Ramsès II et de Mérenptah et de leurs programmes statuaires.

Le pied de Mérenptah

Cat. 1382, base d’une statue au nom de Mérenptah, originellement effigie de Thoutmosis IV ou Amenhotep III H. 24 cm ; l. 58 cm ; P. 70 cm. Quartzite violacé Collection Drovetti (1824)

Bibliographie Orcurti, Catalogo illustrato, p. 61, n. 7. Vidua, dans : Documenti inediti, III, p. 291, n. 28. Fabretti et al., Regio Museo di Torino, I, n. 1382, p. 107. Wiedemann, Ägyptische Geschichte, II, p. 479. Kitchen, Ramesside Inscriptions, Historical and Biographical, IV., p. 77. Sourouzian, Mérenptah, p. 206, 234, pl. 12d-e. Kitchen, Ramesside Inscriptions, Translated and Annotated, IV, p. 64. Davies, Ramesside Inscriptions, Translated and Annotated, IV, p. 62-63. Connor, Le statue del Museo Egizio, p. 124-126, fig. 131.

Le thème du réemploi des statues nous mène à la seconde pièce qui fait l’objet de cette étude (Fig. 10). 11Le pied gauche, la base d’un enseigne ou d’une table d’offrande, ainsi que le début d’une inscription sont tout ce qu’il reste de cette statue debout, suffisamment, toutefois, pour reconstituer le type statuaire auquel appartenait la sculpture, pour reconnaître qu’il s’agit d’un monument de la XVIIIe dynastie usurpé à l’époque ramesside et peut-être même assez pour identifier le souverain originellement représenté.

Base de statue porte-enseigne au nom de Mérenptah. Turin, Cat. 1382. Quartzite. H. 24 ; l. 55 ; P. 70 cm. Karnak. Collection Drovetti (1824). Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila /Museo Egizio

Base de statue porte-enseigne au nom de Mérenptah. Turin, Cat. 1382. Quartzite. H. 24 ; l. 55 ; P. 70 cm. Karnak. Collection Drovetti (1824). Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

L’inscription, profondément mais peu soigneusement sculptée, identique sur les deux côtés de la base, présente la titulature du roi Mérenptah :

n(y)-sw.t bity nb tA.wy (mr-Imn BA-n-rA) sA Ra nb xaw (Mr-[n-ptH…])

« Le roi de Haute et de Basse-Égypte, le seigneur des Deux Terres, Meryamon Baenrê, le fils de Rê, le seigneur des diadèmes Mér[enptah…] »

Base de statue porte-enseigne au nom de Mérenptah. Turin, Cat. 1382. Quartzite. H. 24 ; l. 55 ; P. 70 cm. Karnak. Collection Drovetti (1824). Photographies : Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio

Base de statue porte-enseigne au nom de Mérenptah. Turin, Cat. 1382. Quartzite. H. 24 ; l. 55 ; P. 70 cm. Karnak. Collection Drovetti (1824). Photographies : Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

L’aspect hâtif et peu soigné des hiéroglyphes contraste fortement avec la qualité de la sculpture et du polissage du pied, suggérant une inscription secondaire, ajoutée sur une statue déjà existante. Des traces de modification du piédestal sont visibles sur 12sa surface supérieure, marquée de plusieurs dépressions et de lignes incisées, vestiges d’une ancienne inscription effacée. Vue depuis le dessus, la base présente également une forme irrégulière qui suggère qu’elle a été tronquée à un certain moment de son histoire : la face frontale dessine en effet un angle oblique avec les deux faces latérales, trahissant une retaille peu soignée, sans souci de mesurer les côtés de la base ni de respecter les angles droits (Fig. 12).

Tous ces signes constituent des arguments en faveur d’une modification de la statue dans un but de réutilisation, selon une pratique courante à l’époque ramesside – particulièrement au cours du règne de Mérenptah.

Turin, Cat. 1382. Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila /Museo Egizio

Turin, Cat. 1382. Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila /Museo Egizio.

Divers indices s’offrent à nous pour tenter d’identifier le personnage originellement représenté. Le matériau constitue une première source : la pièce est sculptée dans une variété de quartzite pourpre, presque violacé, attestée surtout dans le répertoire royal du milieu de la XVIIIe dynastie (de Thoutmosis III à Akhénaton). Dans une pierre de cette couleur, on citera deux statues de Thoutmosis III (la statuette agenouillée du Caire CG 4205916 et le petit sphinx de Turin S. 267317), un sphinx d’Amenhotep II dont la tête est conservée au musée du Louvre (Paris E 1089618), trois statuettes agenouillées du même souverain retrouvées au Soudan (Khartoum SNM 30, Berlin ÄM 2056 et 205719), la statue d’Amenhotep III représenté debout sur un traîneau (musée de Louqsor J. 83820 ), ainsi que de nombreux fragments de statues de l’époque amarnienne21. Le rapprochement stylistique avec la statue d’Amenhotep III de Louqsor (Fig. 13) est particulièrement notable : outre la similitude de la pierre, l’on observe le même traitement naturaliste des volumes du pied, avec ses courbes et contre-courbes, l’aspect charnu des orteils, ainsi que la surface au poli très soigné.

Statue d’Amenhotep III assimilé au dieu Atoum. Louqsor, musée, J. 838. Quartzite. H. 249 ; l. 54 cm. Louqsor, cachette du temple. Photographies : auteur.

Statue d’Amenhotep III assimilé au dieu Atoum. Louqsor, musée, J. 838. Quartzite. H. 249 ; l. 54 cm. Louqsor, cachette du temple. Photographies : Simon Connor.

Le type statuaire, ensuite, peu courant, permet de chercher des parallèles dans le répertoire conservé. Contre le pied gauche avancé, est visible la partie inférieure de la hampe tubulaire d’un bâton d’enseigne ou d’un support de table d’offrandes. Plusieurs dizaines d’exemplaires en pierre de statues porte-enseigne, royales et non royales, sont attestées jusqu’à présent, la plupart de l’époque ramesside22. Presque toutes les statues conservées présentent le bâton d’enseigne placé le long du bras et reposant contre l’épaule23, tandis que, sur la statue de Turin, l’objet 13devait être originellement debout devant le personnage, lequel devait avoir les bras tendus devant lui. L’exemple le plus proche est une statue en quartzite de Thoutmosis IV, montrant le souverain présentant un bâton d’enseigne devant lui : Le Caire JE 43611, qui provient de la Ouadjyt du temple de Karnak24.

– Le Caire, JE 43611. La zone grisée correspond à la restauration moderne. Photographie : auteur.– Turin, Cat. 1382 (reconstitution de l’aspect originel de la statue). Dessin : auteur.

Le Caire, JE 43611. La zone grisée correspond à la restauration moderne. Photographies : Simon Connor.

Turin, Cat. 1382 (reconstitution de l’aspect originel de la statue). Dessin : Simon Connor.

Le quartzite dans lequel cette statue a été sculptée est plus orangé que celui du fragment turinois et sa surface est moins polie. Néanmoins, le rapprochement typologique et surtout la similarité des dimensions parlent en faveur d’une proche datation.

Turin Cat. 1382 Le Caire JE 43611 (Thoutmosis IV)25
Largeur de la base 58 cm 57,5 cm
Hauteur de la base 24 cm 22 cm
Longueur du pied gauche 38 cm 40 cm
Longueur du 2e orteil 8,3 cm 8 cm
Longueur de la sandale gauche Effacée ? ou jamais sculptée ? 46 cm

Malgré les quelques différences entre les deux pièces (couleur de la veine de quartzite, degré de polissage, absence de la semelle de la sandale sur la base de Turin – peut-être un oubli de la part du sculpteur ?), l’on peut donc proposer qu’elles aient fait partie d’une paire ou au moins d’une même série : elles sont apparemment de même provenance (Karnak), de mêmes hauteur et largeur pour le piédestal, et appartiennent à une même forme rare du type statuaire porte-enseigne. Les inscriptions semblent avoir également suivi la même disposition, d’après les traces encore visibles sur la pièce turinoise : deux colonnes devant le pied droit et une série de lignes sur la partie antérieure de la base – probablement à l’origine quatre, comme sur la statue du Caire, avant d’avoir été rabotée d’une trentaine de centimètres (Fig. 15).

– Le Caire, JE 43611. Photographies : auteur.– Turin, Cat. 1382 (reconstitution de l’aspect originel de la base de la statue).

Le Caire, JE 43611. Photographie : Simon Connor.

Turin, Cat. 1382 (reconstitution de l’aspect originel de la base de la statue). Photographie : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

La longue inscription présente sur la statue de Thoutmosis IV consiste simplement en l’énumération des cinq noms de sa titulature ; il se peut que la surface consacrée à ces lignes n’ait plus été jugée nécessaire pour le nouvel usage de la statue et que, devenue inutile, il était plus simple de scier l’extrémité de la base que d’en effacer l’inscription par un fastidieux polissage.

Statue porte-enseigne de Thoutmosis IV (détail de la base). Le Caire, JE 43611. Quartzite. H. 280 ; l. 57,5 ; P. 136 cm. Karnak, Ouadjyt. Photographie : auteur.

Statue porte-enseigne de Thoutmosis IV (détail de la base). Le Caire, JE 43611. Quartzite. H. 280 ; l. 57,5 ; P. 136 cm. Karnak, Ouadjyt. Photographie : Simon Connor.

Les premiers signes hiéroglyphiques de la titulature de Mérenptah, sur chacun des deux côtés de la base, commencent bien au niveau de l’angle formé avec la face avant de la base, ce qui suggère que la retaille de la partie frontale date précisément de la réutilisation par le souverain ramesside. La raison de ce rabotage pourrait aussi être un déplacement de la statue pour un nouveau lieu, où la base, prenant trop d’espace, a dû être raccourcie ; l’on pourrait aussi suggérer que la base, longue et étroite, ait été abîmée dans sa partie la plus fragile et qu’en scier la partie avant ait eu plus de sens que de la réparer avec un système de tenons. L’absence de contexte archéologique précis, pour le 14piédestal rapporté par Rifaud, laisse ouvertes toutes les hypothèses26.

L’on peut enfin se demander pourquoi la statue de Thoutmosis IV du musée du Caire est restée intouchée, tandis que celle du Museo Egizio a subi un réemploi et l’effacement de son inscription originelle, alors que leurs dimensions, typologie et matériau portent à croire qu’elles ont bien fait partie d’un même ensemble. En l’absence de contexte archéologique, il est difficile de savoir si ces statues formaient précisément une paire, peut-être de part et d’autre d’un passage. Il est possible qu’après la modification de l’une d’entre elles au profit de Mérenptah, elles aient été séparées pour être réinstallées en deux endroits distincts de Karnak. Peut-être aussi, comme l’on a pu le suggérer dans le cas précédent, le souverain ramesside a-t-il voulu, tout en faisant l’économie d’une nouvelle statue monumentale en quartzite, réutiliser un beau monument séculaire afin de se réincarner dans le corps de son prédécesseur, tout en s’associant à lui, toujours présent grâce à la seconde statue.

Le nez d’Amenhotep

Cat. 3148, fragment de visage d’une statue colossale d’Amenhotep III H. 52,5 cm ; l. 38,5 cm. Granit Collection Drovetti (1824)

Bibliographie Orcurti, Catalogo illustrato, p. 63, n. 12. Connor, Le statue del Museo Egizio, p. 25, fig. 26.

La dernière pièce qui retiendra notre attention, jusqu’ici seulement citée dans le catalogue de 1852 d’Orcurti, est celle qui représente le plus petit défi et il s’agit avant tout ici de mettre en lumière un beau fragment méconnu sorti des réserves du musée. Elle consiste en un morceau de visage de grande dimension : un nez parfaitement conservé et une bouche dont ne manquent que les commissures (Fig. 17-18).

Turin, Cat. 3148. Granit. H. 44 ; l. 21 ; P. 14 cm. Kom el-Hettan ? Collection Drovetti (1824). Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

Turin, Cat. 3148. Granit. H. 44 ; l. 21 ; P. 14 cm. Kom el-Hettan ? Collection Drovetti (1824). Photographies : Pino et Nicola Dell’Aquila/Museo Egizio.

Turin, Cat. 3148. Reconstitution de l’aspect originel de la tête de la statue. Dessin : auteur.

Turin, Cat. 3148. Reconstitution de l’aspect originel de la tête de la statue. Dessin : Simon Connor.

L’on attribuera sans difficulté ce très beau morceau à une représentation d’Amenhotep III. Tout d’abord, 15le nez droit au bout arrondi, les narines dilatées et délicatement ourlées, le philtrum aux arêtes bien délimitées, la bouche dessinant un sourire épanoui et la lèvre supérieure légèrement plus épaisse que la lèvre inférieure constituent des traits caractéristiques des représentations de ce souverain27. L’exquise délicatesse des traits et le polissage extrême de la surface du granit, dans laquelle on se reflète presque comme dans un miroir, sont propres à la statuaire colossale d’Amenhotep III, telle qu’on la retrouve sur les sites thébains : en témoignent les deux sphinx aujourd’hui sur les bords de la Neva à Saint-Pétersbourg, la série des colosses jubilaires de la cour péristyle du temple de Kôm el-Hettan28 ou encore la tête du colosse debout du British Museum EA 15, découverte dans les ruines du temple de Mout à Karnak29 . Le liséré contournant les lèvres, fréquent sur les statues d’Amenhotep III, est présent sur le fragment turinois, bien que seulement suggéré par une légère dépression dans le modelé, visible surtout de profil.

L’objet est entré dans les collections turinoises lors de l’acquisition des antiquités de Drovetti, en 1824. Aucune indication n’est enregistrée à propos de sa provenance. Les dimensions de la sculpture – cinq à six fois plus grande que nature – et la similitude stylistique avec les colosses d’Amenhotep III de Karnak et de Kôm el-Hettan (Fig. 19) permettent de suggérer la région thébaine, dont provient une très grande part des antiquités collectées par Drovetti.

Tête d’une statue de jubilé d’Amenhotep III. Louqsor, musée, J. 133. Granit. H. 215 ; l. 78,5 ; P. 141,5 cm. Kom el-Hettan. Photographies : auteur.

Tête d’une statue de jubilé d’Amenhotep III. Louqsor, musée, J. 133. Granit. H. 215 ; l. 78,5 ; P. 141,5 cm. Kom el-Hettan. Photographies : Simon Connor.

Il est en revanche difficile de savoir si la pièce a été trouvée 16par Rifaud à Karnak, avec les statues royales du Nouvel Empire qui aujourd’hui trônent dans la Galerie des Rois du musée, ou si elle a été mise au jour parmi les ruines des temples des Millions d’Années de la rive occidentale, non loin du site de Deir el-Medina qui fut exploité par d’autres agents du consul Drovetti, Lebolo et Rossignana30. Peut-être les découvertes de la mission de fouille et de conservation du site de Kôm el-Hettan permettront-elles de trouver d’autres fragments du même colosse ? Un moulage ou un scan 3D de l’objet permettraient alors de s’en assurer.

Conclusions

Ces quelques pages destinées à la nouvelle revue scientifique du Museo Egizio ont pour dessein de porter trois pièces fragmentaires méconnues des collections turinoises à l’attention du lecteur. La mise en ligne de ce périodique permet de se libérer des contraintes du papier et d’inclure une série de photographies en haute résolution, qui offre la possibilité de suivre au mieux l’argumentation.

Ainsi qu’on a pu le voir, l’étude de fragments, loin de constituer seulement un jeu d’attribution à un individu, ce qui pourrait s’avérer quelque peu anecdotique, permet de mettre en lumière une phase de l’histoire qui entourait le monument auquel ces fragments appartenaient. Elle éclaire notre compréhension du corpus d’un souverain, de l’activité constructrice des 17divers rois qui se sont succédé sur un même site, des modalités de dialogue entre les différentes statues au sein d’un environnement architectural. Le thème du réemploi, communément appelé aussi « usurpation », mérite de plus amples études : le choix des pièces ne semble pas être dû au hasard ; au sein de séries cohérentes, seuls certains monuments ont été choisis pour être réinscrits, et parmi ceux-ci, tous ne voient pas leur physionomie modifiée. Les circonstances de cette pratique demeurent encore en grande partie à dévoiler, mais démontrent clairement l’importance que les anciens Égyptiens accordaient eux-mêmes à la stylistique, intérêt que les égyptologues du XXIe siècle se doivent de continuer à manifester.

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